Marketing & réglementation

Loi Évin : ce qu'un caviste a le droit de publier sur Instagram

Publié le 8 septembre 2026 · 7 min de lecture · par , fondateur de Hubcave

En bref. La loi Évin n'interdit pas à un caviste de communiquer sur les réseaux sociaux. Elle limite le contenu : la publicité pour une boisson alcoolique ne peut porter que sur des éléments objectifs du produit (origine, appellation, degré, mode d'élaboration, caractéristiques gustatives, modalités de vente) et doit être assortie d'une mention sanitaire. C'est le registre émotionnel, pas la présence en ligne, qui pose problème.

Beaucoup de cavistes publient peu, ou publient inquiets, parce qu'ils croient que la loi leur interdit Instagram. C'est faux, et cette croyance leur coûte de l'audience. En revanche, ce que dit vraiment le texte est plus contraignant qu'on ne l'imagine sur un point précis : la liste des choses qu'on a le droit de dire est fermée. Tout ce qui n'y figure pas en sort.

Non, la loi Évin n'interdit pas de parler de vin en ligne

La loi du 10 janvier 1991 encadre la publicité pour les boissons alcooliques aux articles L3323-2 et suivants du code de la santé publique. Elle procède par liste : au lieu d'interdire certains supports, elle énumère ceux qui sont autorisés. Y figurent notamment la presse écrite (hors publications destinées à la jeunesse), la radio dans certaines tranches horaires, les affiches et enseignes, et les fêtes ou foires traditionnelles.

Internet a été ajouté à cette liste en 2009, par la loi dite HPST. Les services de communication en ligne sont donc autorisés, avec deux réserves : la publicité ne doit pas apparaître sur des sites destinés à la jeunesse ou consacrés au sport et à l'activité physique, et elle ne doit être ni intrusive ni interstitielle. Un compte Instagram, une page Facebook, une newsletter, une fiche produit de boutique en ligne entrent dans ce cadre.

Le corollaire est moins agréable : votre vitrine, votre ardoise « coup de cœur », votre newsletter et vos publications sont juridiquement de la publicité commerciale. Le régime qui s'applique à une pleine page de magazine s'applique à votre story.

Deux questions, dans cet ordre

Avant de publier, il n'y a que deux questions à se poser, et l'ordre compte :

  1. Le support est-il autorisé ? Pour un réseau social grand public, la réponse est oui. Pour un partenariat avec un média sportif ou un compte suivi majoritairement par des mineurs, elle devient délicate.
  2. Le contenu tient-il dans la liste ? C'est là que se joue l'essentiel, et c'est la question que presque personne ne se pose.

La liste fermée : ce que le texte autorise à dire

L'article L3323-4 énumère les indications que la publicité peut comporter. La liste est limitative : ce qui n'y est pas n'y est pas.

Ce que vous pouvez indiquerCe que ça donne dans un post
Degré volumique d'alcool« 13 % vol. »
Origine et dénomination« Chinon, Val de Loire »
Composition du produit« 100 % cabernet franc »
Nom et adresse du producteur, des agents et dépositaires« Domaine X, à Panzoult »
Mode d'élaboration« Élevage douze mois en foudre »
Modalités de vente et mode de consommation« En boutique et en ligne, à servir autour de 15 °C »
Terroirs de production« Sur argiles à silex »
Distinctions obtenues, appellations d'origine et indications géographiques« Médaille d'or, concours 2026 »
Références objectives de couleur et de caractéristiques olfactives et gustatives« Robe grenat, notes de cassis, tanins fondus »

Relisez la dernière ligne : « références objectives ». C'est le mot qui sépare la fiche de dégustation du storytelling. « Notes de cassis et de poivre » décrit le produit. « Le vin qui sauvera votre samedi soir » décrit un effet sur vous, et cet effet ne figure nulle part dans la liste.

La mention sanitaire

Toute publicité en faveur d'une boisson alcoolique doit être assortie d'un message de caractère sanitaire précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. En pratique, la formule d'usage est « L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération ».

Deux erreurs fréquentes autour de cette mention. La première : la reléguer en quinzième hashtag, où elle n'est plus lisible. La seconde, plus grave, est de croire qu'elle rachète le reste. Ajouter la mention à un post construit sur la convivialité et la fête ne rend pas ce post conforme : le message sanitaire est une obligation supplémentaire, pas une autorisation.

Six publications passées au crible

Le tableau ci-dessous applique la grille à des publications ordinaires de caviste. Il ne remplace pas l'avis d'un avocat, il donne le réflexe de lecture.

La publicationLecture
Photo d'une bouteille, appellation, cépage, note de dégustation, prix, mention sanitaireDans la liste : produit, origine, caractéristiques objectives, modalités de vente.
Photo de l'équipe en train de trinquer, légende « le week-end commence ici »Hors liste : la scène met en avant un moment de consommation, pas un produit.
Portrait d'un vigneron dans ses vignes, avec son parcours et son mode de travailDans la liste : origine, terroir, mode d'élaboration, adresse du producteur.
« Jeu-concours : likez et taguez deux amis pour gagner un magnum »Risqué : le mécanisme incite au partage et au gain d'alcool, ce qui sort du registre descriptif du produit.
Story annonçant les horaires d'ouverture et l'arrivage de la semaineDans la liste : modalités de vente.
Repartage d'une story client montrant une soirée arrosée avec vos bouteillesRisqué : en la republiant, vous en devenez le diffuseur.

Le dernier cas est celui qui piège le plus de commerçants. Le contenu créé par un client n'engage que lui tant qu'il reste chez lui. Repartagé sur votre compte professionnel, il devient une communication de votre commerce. La même logique vaut pour un influenceur rémunéré : c'est vous qui faites diffuser.

L'IA propose, vous validez

L'agent Marketing de Hubcave prépare les publications de la cave à partir de vos vins réellement en stock et vous les soumet. Rien n'est publié sans votre validation : sur un sujet où la responsabilité est celle du diffuseur, l'automatisation complète serait une mauvaise idée.

Voir l'agent Marketing

Ce que ça coûte

Une publicité non conforme expose à une amende pouvant atteindre 75 000 euros, montant qui peut être porté à la moitié des dépenses publicitaires engagées, avec d'autres sanctions possibles comme l'interdiction de la publicité en cause. Ces montants visent d'abord les campagnes d'envergure, et il ne s'agit pas d'agiter un épouvantail : un caviste indépendant n'est pas la cible naturelle des associations qui portent ces contentieux. Mais la responsabilité pèse sur celui qui diffuse ou fait diffuser, ce qui inclut le commerce qui a commandé un post à une agence ou à un créateur.

Les zones grises, dites comme telles

Trois points ne se tranchent pas en un article, et prétendre le contraire serait malhonnête :

Face à ces trois cas, la règle utile n'est pas juridique mais éditoriale : décrivez le vin, pas l'effet du vin. Elle vous fera passer à côté de quelques publications amusantes, et elle vous évitera l'essentiel des ennuis.

Et sur la fiche produit d'une boutique en ligne

La même grille s'applique, avec une contrainte de plus : le volume. Une cave qui met en ligne quatre cents références produit quatre cents textes, et c'est là que les formulations dérapent, par fatigue plutôt que par intention. Deux réflexes tiennent la route :

C'est la logique retenue pour la rédaction des fiches produits dans Hubcave : la proposition est générée à partir des données du vin, et elle passe devant vous avant d'être publiée. Sur un sujet où le diffuseur est responsable, la validation humaine n'est pas une précaution de façade.

À retenir

Cet article présente le cadre général issu du code de la santé publique et ne constitue pas un conseil juridique. Pour une campagne d'ampleur, un partenariat rémunéré ou un doute sur une publication précise, faites relire par un avocat spécialisé.

Pour aller plus loin : l'agent Marketing de Hubcave · rédiger ses fiches produits · répondre aux avis Google.

Questions fréquentes

Loi Évin et réseaux sociaux

Un caviste peut-il publier sur Instagram malgré la loi Évin ?

Oui. Les services de communication en ligne font partie des supports autorisés depuis la loi HPST de 2009, sauf les sites destinés à la jeunesse et ceux consacrés au sport, et à condition que la publicité ne soit ni intrusive ni interstitielle. Ce qui est encadré n'est pas la présence en ligne mais le contenu du message.

Que peut contenir une publication pour un vin ?

L'article L3323-4 du code de la santé publique en donne la liste limitative : degré volumique, origine, dénomination, composition, nom et adresse du producteur et des dépositaires, mode d'élaboration, modalités de vente et mode de consommation, références aux terroirs, distinctions obtenues, appellations d'origine et indications géographiques, ainsi que des références objectives à la couleur et aux caractéristiques olfactives et gustatives.

La mention sanitaire est-elle obligatoire sur un post ?

Oui. Toute publicité en faveur d'une boisson alcoolique doit être assortie d'un message précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, dans la formule d'usage « L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération ». Elle doit rester lisible, et elle ne rend pas conforme un contenu qui sort de la liste autorisée.

Puis-je repartager la story d'un client qui montre mes bouteilles ?

C'est le cas le plus risqué du quotidien. Tant que le contenu reste sur le compte du client, il n'engage que lui. Republié sur votre compte professionnel, il devient une communication de votre commerce, et la responsabilité pèse sur celui qui diffuse ou fait diffuser. La même logique vaut pour un partenariat rémunéré avec un créateur.

Quelles sanctions en cas de publicité non conforme ?

L'amende peut atteindre 75 000 euros, montant qui peut être porté à la moitié des dépenses consacrées à la publicité en cause, avec d'autres sanctions possibles comme l'interdiction de la publicité concernée. Ces contentieux visent surtout les campagnes d'ampleur, mais la responsabilité du diffuseur s'applique aussi à un commerce indépendant.

Communiquer sans y passer ses soirées

Des publications préparées à partir de vos vins en stock, et validées par vous avant publication.